Lola Lafon : « Le titre est un parfum, une humeur »

L’écrivaine et musicienne, Lola Lafon, était mardi 21 mai 2019 à la médiathèque de Linxe.
Interrogée par le modérateur littéraire Jean-Antoine Loiseau, Lola Lafon s’est prêtée avec simplicité et franchise au jeu des questions-réponses.

lola lafon


Danseuse de 5 à 25 ans, chanteuse avec deux albums chez Harmunia Mundi parus en 2005 et 2011, auteure de cinq romans ; les talents de Lola Lafon sont multiples.


Une écriture rythmée sans concession


L’écriture est toujours différente, nous dit-elle. Il y a parfois des romans qui se dérobent, d’autres qui s’imposent mais ils sont toujours le fruit d’un long travail de documentation.
Pour Mercy, Mary, Patty,elle a lu les 1500 pages du procès de Patricia Hearst, l’une des héroïnes du roman. Pour La petite communiste qui ne souriait jamais, elle a fréquenté la BNF pendant des mois et épluché sur dix années les articles de l’Equipe parlant de la gymnaste Nadia Comaneci.
Elle utilise des styles narratifs variés (dialogues, extraits de presse, descriptions, histoire racontée par la narratrice,…) qui donnent à ses romans un rythme unique. Si elle s’appuie sur la réalité, elle aime remplir « les silences de l’histoire ».

Les titres s’imposent à elle dès le début du récit. Ils sont souvent identiques au « titre de travail ». Souvent longs, imagés, percutants, ils sont non négociables auprès de son éditeur Actes Sud. Pour La petite communiste qui ne souriait jamais, traduit en 20 langues, deux pays ont refusé de garder le mot « communiste », les Pays Bas et la Roumanie, nous dit-elle.


Féministe engagée, elle traite des thèmes qui lui sont chers.


Dans La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon aborde la transformation et le jugement que la société et les hommes portent sur le corps des femmes.

Elle se met dans la peau de la gymnaste Nadia Comaneci, produit du communisme et passion de l’Occident. Elle s’insurge contre les journalistes de l’époque qui ont décrit presque comme des pédophiles, son corps de petite fille parfaite et l'ont ensuite hait quand son corps a grandi. Un quotidien français titrait après les Jeux Olympiques de Moscou, «La petite fille s’est muée en femme, verdict : la magie est tombée ». D’icône, Nadia Comaneci est devenue une proie sans comprendre ce qui lui arrivait.
Loin du biopic à l’américaine, Lola Lafon rend hommage à la fragilité et à la force de sa compatriote, « sa sœur d’âme tombée dans l’oubli ». Elle fait aussi dans ce livre un parallèle entre les dictatures communistes et le monde capitaliste d’aujourd’hui. Avant, nous dit-elle, les gens avaient toujours peur qu’on les entende, aujourd’hui on peut tout dire, seulement personne ne nous entend !


Au travers des portraits de Mercy, Mary, Patty, Lola Lafon parle de la liberté des femmes à déserter le chemin qui leur était tracé et à réinventer leur destin.
Les deux premières, Mercy et Mary ont été enlevées par les indiens ; quant à Patty Hearst (dont on découvre le visage sous les lettres de la couverture) elle a défrayé la chronique dans les années 1970. Héritière d’un magnat de la presse américaine, elle rejoint le combat politique de ses ravisseurs. Lors d’un procès retentissant, Patricia Hearst met à mal son éducation, son statut et "juge" sa famille devant le monde entier.

 

Son prochain roman


Lola Lafon comme ses personnages féminins, est éprise de liberté. Ses textes portent la voix des femmes. Très touchée par le phénomène Meetoo, son prochain roman abordera une fièvre impossible : le viol et son incertain pardon. Il sortira chez Actes Sud dans quelques mois.

Écoutez un extrait de la rencontre

Enregistrement réalisé par Anthony Bacchetta avec le soutien de la

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