Pierre Assouline, journaliste, chroniqueur de radio, romancier et biographe a émerveillé le public à la médiathèque de Castets dans le cadre de la manifestation  "Rendez-vous" initiée par la Médiathèque Départementale des Landes.

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Pierre Assouline évoque  longuement son dernier ouvrage "Le Nageur", récit biographique sur Alfred Nakache, multi médaillé dans sa discipline au cours des années 30. A la question si son ouvrage est un récit biographique, Pierre Assouline confirme : « Effectivement, ce n’est ni un roman ni une biographie qui se doit être exhaustive. Pour cette dernière, j’avais un souci de pudeur vis-à-vis de la déportation. De plus, je ne possédais que très peu d’informations sur la femme de Nakache et sa fille, mortes dès leur arrivée à Auschwitz. Le récit biographique s’est donc imposé. » Et Pierre Assouline de souligner : « Je tenais également avec cette histoire une rivalité entre deux nageurs, une opposition qui a duré une quinzaine d’années. J’avais mon héros d’origine Pieds-noirs, Alfred Nakache, et mon anti-héros, Jacques Cartonnet qui lui va basculer dans le fascisme. C’est une vieille règle littéraire de baser son récit sur un antagonisme narratif ! ».

Quand il évoque les jeux olympiques de Berlin en 1936, Pierre Assouline ne peut s’empêcher d’y trouver une résonance avec les futurs jeux de Paris et le conflit israélo-palestinien actuel. Il existe un code olympique qui oblige les participants à se serrer la main. Sinon, c’est considéré comme un geste anti-sportif et peut entrainer une disqualification. Quid des escrimeuses ukrainiennes quand elles affronteront les Russes ?

Il explique la genèse de tous ses livres qui naissent d'une étincelle entre un fait ancien et un élément récent. Pour ce titre, l'étincelle jaillit de son amour du sport, et de l'histoire du sport en général, lui-même issu d'une famille de sportif (fait ancien) et de la résilience de certains de ses amis après la pandémie du COVID (fait récent). Son héros était trouvé, ce serait Alfred Nakache !  L'auteur a souhaité rendre hommage à l'homme Alfred Nakache, bien plus qu'au nageur émérite, héros a qui a su se relever avec beaucoup de résilience du drame vécut dans les camps de concentration nazis.

L’auteur raconte : « En 1936, de nombreux débats ont agité la France pour savoir s’il fallait participer ou non aux jeux de Berlin. A tel point qu’un vote a été organisé à l’Assemblée nationale sur l’attribution d’un budget afin d’envoyer une équipe de sportifs sur place ou pas. Le camp de concentration de Dachau avait été construit trois ans auparavant, tout le monde était au courant. Le rare député à avoir défendu le non, à ne pas cautionner la propagande autour des jeux, venait de l’Eure et était membre du Parti radical. Du haut de ses 25 ans, il était le plus jeune député de cette Assemblée. Tout le monde l’a oublié mais c’était Pierre Mendes France ! » Pierre Assouline évoque également l’intérêt pour le nazisme du chef de la délégation américaine et qui deviendra le futur président du CIO. Avery Brundage empêcha les deux premiers coureurs de participer au 100 m pour faire plaisir à Hitler. Ils étaient juifs. Mais ce qu’il ne savait pas, c’était que les deux coureurs suivants étaient noirs (dont le grand Jesse Owens) et ce sont eux qui ont gagné la course provoquant la fureur du führer.

L’écrivain ne manque pas de souligner le courage et la ténacité de Nakache qui à la libération des camps ne faisait plus qu’une quarantaine de kilos alors qu’il possédait 84 kilos de muscles avant sa déportation. « Déplacé à Buchenwald, Nakache sera libéré par l’armée du général Patton. Les SS ayant fui le camp, il va rester un mois de plus sur place à aider comme il peut ceux qui ne sont pas partis de suite. Il soigne les malades, retient ses camarades en leur demandant d’attendre l’arrivée imminente des Américains. Il leur intime de faire attention à ce qu’ils vont manger une fois leurs sauveurs arrivés. Il leur faut impérativement manger liquide au début puis réhabituer petit à petit l’estomac des déportés avec des nourritures plus solides. Et surtout ne pas se jeter sur les rations des soldats de suite ! »

Et Pierre Assouline de conclure sur son livre : « Alfred Nakache, c’est le pardon mais pas l’oubli. En premier lieu, il n’a pas tué Cartonnet qui s’était exilé en Italie quand il l’a croisé sur place et reconnu. Et deuxième exemple, il montre d’abord son matricule de déporté tatoué sur son avant-bras avant de serrer la main au touriste allemand venu le remercier de lui avoir trouvé de l’essence alors qu’il visite avec sa famille la ville de Sète. »

Par ailleurs, il a expliqué que pour toute son œuvre, qu'elle soit biographique ou fictionnelle, il consacre beaucoup de temps aux recherches, décortiquant les archives, interviewant de nombreuses personnes, démarche nécessaire avant l'écriture : "le livre est réussi quant la documentation se fait oublier et que le texte devient littérature". Deux autres éléments sont fondamentaux et le hantent pendant des mois avant de démarrer le processus d'écriture : choisir la temporalité du livre et la qualité du narrateur.

assouline 3Romancier, biographe, journaliste, professeur de littérature à Sciences Po, membre de l’Académie Goncourt, Pierre Assouline est « l’homme de lettres polyvalent par excellence », dont l’œuvre éclectique questionne le lecteur.

Né à Casablanca, il rejoint la France pour suivre des études secondaires à Paris, à l'Université de Nanterre et à l'École des langues orientales. Il démarre sa carrière en tant que journaliste pour Apei, Asa Press, Fotolib puis au Quotidien de Paris et à France Soir. Il travaille aussi à la radio, sur France-Inter, RTL, ponctuellement sur France Culture. Il consacre sa vie à l’étude de la vie littéraire, d’abord en tant que directeur de rédaction du magazine Lire pendant vingt ans, puis chroniqueur au Monde 2 et critique pour Le Nouvel Observateur. En 2005, il fonde La République des livres, le blog littéraire francophone le plus consulté, une véritable référence en matière de littérature. En 2012, il devient membre de l'Académie Goncourt.

Depuis les années 80, Pierre Assouline s’est également imposé dans le paysage littéraire francophone. Hergé, Albert Londres (prix de l'essai de l'Académie Goncourt) , Georges Simenon (biographie de référence), Gaston Gallimard,… Toutes ces personnalités, avec leurs ombres et lumières, ont été racontées dans ses remarquables ouvrages d’enquête. Par la suite, il commence à écrire des livres journalistiques. Ce n’est qu’à partir de son quinzième ouvrage qu’il  accepte la mention « écrivain » sur la quatrième de couverture, tant pour lui ce terme se référait à la fiction pure et non pas à son propre travail. Passionné par la littérature et l’Histoire, il met en scène l’Histoire au moyen de la littérature, mêlant faits historiques et fiction, biographie et poésie.le nageur

Dans son dernier ouvrage Le Nageur, publié en 2023 aux Éditions Gallimard, il retrace la vie extraordinaire d’Alfred Nakache, champion de France et d’Europe de natation, recordman du monde. Ce nageur exceptionnel représentera la France aux jeux olympiques, de Berlin en 1936 et de Londres en 1948, après avoir été déporté avec sa famille et survécu à l’enfer d’Auschwitz et de Buchenwald. En cette période de Jeux Olympiques, un ouvrage qui fait écho à l'actualité.

 

L’érudition de Pierre Assouline, couplée à son amour communicatif pour l’Histoire et les livres, font fait de cette rencontre, un moment exceptionnel de partage littéraire !

Le rendez-vous s'est poursuivi par une séance de dédicaces avec la librairie papeterie de Lit-et-Mixe !

 

Retrouvez les ouvrages de Pierre Assouline dans le réseau des médiathèques landaises où sur la médiathèque numérique de Medialandes

 

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