Toots Hibbert, célébrissime chanteur de Toots & The Maytals, est décédé mi-septembre dernier à l'âge de 77 ans. Il est temps de lui rendre hommage et de se replonger dans sa discographie.

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C'est avec un grand regret que nous avons appris la mort de ce grand chanteur jamaïcain alors que nous nous réjouissions de la parution de son nouvel opus Got to be tough chez Trojan Jamaica seulement quelques semaines auparavant. Cela annonçait une tournée estivale pour 2021 mais... hélas.

 

Mon dernier souvenir de Toots en concert est au Reggae Sun Ska 2017, festival encore basé à l'époque sur le campus universitaire bordelais et qui fêtait ses 20 ans d'existence cette année là. Toots y était entouré de cinq musiciens, des routards du reggae jamaïcain, de trois choristes mais pas de section de cuivres remplacée par des claviers, dommage...maytals 10

 

Le jour déclinait, le monde affluait et dès le premier titre de Toots, Reggae's got soul, l'ambiance était festive. J'étais impressionné de voir qu'il tenait son micro au niveau de sa poitrine et non pas devant sa bouche, laissant deviner la puissance de sa voix. Et quelle voix, à 70 ans passé, elle sonnait profondément gospel, vibrante et chaleureuse. Et plus la nuit s'installait, plus ce reggae aux parfums soul des Maytals faisait bouger les pieds. Evidemment, ce n'était plus l'énergie des années 70 ou 80, mais la prestance sur scène de l'artiste était indéniable.

Toots Hibbert, célébrissime chanteur de Toots & The Maytals, est décédé mi-septembre dernier à l'âge de 77 ans. Il est temps de lui rendre hommage et de se replonger dans sa discographie.

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C'est avec un grand regret que nous avons appris la mort de ce grand chanteur jamaïcain alors que nous nous réjouissions de la parution de son nouvel opus Got to be tough chez Trojan Jamaica seulement quelques semaines auparavant. Cela annonçait une tournée estivale pour 2021 mais... hélas.

 

Mon dernier souvenir de Toots en concert est au Reggae Sun Ska 2017, festival encore basé à l'époque sur le campus universitaire bordelais et qui fêtait ses 20 ans d'existence cette année là. Toots y était entouré de cinq musiciens, des routards du reggae jamaïcain, de trois choristes mais pas de section de cuivres remplacée par des claviers, dommage...maytals 10

 

Le jour déclinait, le monde affluait et dès le premier titre de Toots, Reggae's got soul, l'ambiance était festive. J'étais impressionné de voir qu'il tenait son micro au niveau de sa poitrine et non pas devant sa bouche, laissant deviner la puissance de sa voix. Et quelle voix, à 70 ans passé, elle sonnait profondément gospel, vibrante et chaleureuse. Et plus la nuit s'installait, plus ce reggae aux parfums soul des Maytals faisait bouger les pieds. Evidemment, ce n'était plus l'énergie des années 70 ou 80, mais la prestance sur scène de l'artiste était indéniable.

Toots et le debut des Maytals

maytals 1Frederick Nathaniel "Toots" Hibbert naît en décembre 1942 à May Pen, dans la paroisse de Clarendon en Jamaïque. Il est le dernier d'une famille de sept enfants. Il gardera de son enfance un profond respect pour sa mère et son père, valeur qu'il transmettra tout au long de sa carrière. Il doit marcher tous les jours cinq miles (soit huit kilomètres) pour se rendre à l'école où il apprend à lire avec la bible. Dans cette campagne très religieuse, Toots chantera rapidement tous les dimanches dans la chorale de son église locale. Ce gospel "revivaliste" nourrira ses premières influences musicales qu'on retrouvera peu après dans certaines de ses chansons comme Sixth and seventh books sorti en 1963 par exemple.

 

 

On retrouve Toots adolescent installé à Kingston, dans le quartier populaire de Trenchtown, où il se lie d'amitié avec Henry "Raleigh" Gordon et Nathaniel "Jerry" Mathias. Il fonde avec eux The Vickings et gravera une poignée de 45 tours avant de prendre le nom de The Flames puis de The Maytals en 1962. Toots est déjà le chanteur principal de ce trio vocal et joue également de la guitare. Il écrit des chansons qui sont des tranches de vie mêlant autant ses souvenirs campagnards que la réalité de la vie dans le ghetto. Ce ne sont pas des cartes postales de la Jamaïque mais bien des photographies du peuple et de ses souffrances.

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Acquise en 1962, l'euphorie suscitée par l'indépendance de cette ancienne colonie britannique a une bande son festive. C'est l'époque du Ska, cette espèce de rhythm and blues créole et typiquement jamaïcain. Cette musique est produite par et pour le petit peuple, diffusée massivement par les sound systems (disco mobiles) locaux. Les Maytals vont rapidement travailler avec Clement "Coxsone" Dodd producteur du label Studio One. Leur premier 33 tours, Never Grow Old, sortira sur ce même label en 1964. Les Maytals écoutent via les radios nationales les soulmen américains tel James Brown ou Otis Redding mais aussi Elvis Presley et bien d'autres...

Toots et les premiers succès

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Les Maytals travaillent avec différents producteurs, notamment Coxsone, Prince Buster et Byron Lee. Ils touchent peu de sous de ces derniers, le code de propriété intellectuelle n'étant pas encore d'actualité dans l'île. Alors ils chantent tous les jours, le plus possibles, et tentent d'avoir des engagements dans les clubs chaque weekend. Pour eux, l'essentiel n'est pas l'argent mais de se faire un nom et d'entendre leurs chansons dans les sound systems. Ils gravent leur premiers succès ska : Dog War, John James, Daddy, It's you...

 

 

 

Ils sont rapidement reconnus comme un des meilleurs groupes vocal de la Jamaïque. Pour preuve, en 1966, ils gagnent le premier concours de chant du festival "Jamaica Song" avec la chanson Bam Bam. Cette dernière fut reprise dans un style dancehall par Yellowman ou Sister Nancy au début des années 80 mais c'est le duo ragga Chakademus & Pliers qui en fera un succès international avec leur version incluse dans leur album Tease Me de 1993. Et Les Maytals remporteront d'ailleurs ce concours de chant deux années encore avec les savoureux Sweet and Dandy puis Pomps and Pride.

 

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Mais revenons en 1966, la musique ska a laissé sa place au rock steady, plus lent. En fin d'année, Toots est arrêté pour détention de ganja puis emprisonné un an et demi. De cette expérience malheureuse, il en tirera sa mythique chanson 54-46 was my number, d'après son matricule de prisonnier. Le style rock steady, cette soul jamaïcaine, laisse place rapidement à un nouveau rythme et c'est Toots Hibbert qui lui donnera son nom en 1968 avec sa chanson intitulée Do the Reggay. A cette époque, les Maytals travaillent avec Leslie Kong, producteur d'origine chinoise (qui mourra trop rapidement en 1971). Sur son label Beverley's, ils sortiront deux albums mythiques : Sweet and Dandy (1969) et Monkey Man (1970). C'est le succès total en Jamaïque et le début d'une carrière en Grande Bretagne grâce notamment au label Trojan Records.

Toots et l'avenement du reggae

maytals 3Le reggae est une musique jamaïcaine qui porte en elle un héritage africain et une volonté d'émancipation des classes populaires. Elle met en valeur la combinaison basse-batterie, coeur de ce rythme singulier. Le premier grand promoteur de la révolution musicale jamaïcaine, notamment aux USA et en Europe, est le film de Perry Henzell : The Harder they Come. On y voit Jimmy Cliff dans le rôle principal, le jeune Ivan Martin, mais aussi les Maytals en pleine session d'enregistrement studio de Sweet and Dandy et Pressure Drop. Bien que cela soit une fiction, ce film a une valeur documentaire cruciale sur le reggae de l'époque.

 

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Chris Blackwell, patron d'Island Records, signe les Maytals et va les transformer en Toots and The Maytals tant le charisme et la prestance de Toots sont moteur dans le groupe, une captation de l'époque pour vous faire une idée : Toots & the Maytals en concert le 11/15/1975 à Winterland USA . Il chante, il danse, joue de différents instruments, s'amuse avec le public. Son bassiste Jackie Jackson qui l'a longtemps accompagné sur la route dira de lui : "Toots est un performeur. Il déploie une énergie différente à chaque concert même si les chansons sont les mêmes. Il cristallise l'excitation du public". Toots a les qualités d'un grand leader qui rayonne sur le reggae bien avant l'avènement de Bob Marley.

 

maytals 14Etonné par le retentissement que connu le titre Funky Nassau du quartet funk des Bahamas The Beginning of the End en 1971, Chris Blackwell suggère à Toots de faire une réponse jamaïcaine à ce succès. Relevant le défit, Toots composera Funky Kingston, titre phare qui donnera son nom à l'album sorti en 1973, dont une version anglaise chez Trojan Records. L'album est considéré comme un des incontournables du reggae. En 1975, Mango (label de Chris Blackwell) réalisera une version revisité de ce même disque. Tout en gardant le dessin de couverture, l'album ne conservera seulement que trois titres de 1973 : Funky Kingston, Louie Louie et Pomp And Pride, et y ajouta six titres issus du disque In The Dark sorti en 1974 plus la chanson Pressure Drop datant de 1969.

 

les années 80

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Toots et ses Maytals enregistrent de nombreux succès comme Time Tough, Reggae's got soul, Take me home country roads, Never you change, Just like that, Broadway Jungle... Au travers de ses textes, Toots représente une Jamaïque différente avec ses messages qui veulent améliorer les choses. Il n'est pas dans le conflit même si parfois les constats sont sombres. Par exemple, Toots ne s'est pas converti au rastafarisme à l'instar de nombreux chanteur des années 70 qui se sont servi de la musique pour faire avancer leur mouvement. De part sa culture religieuse évangélique, Toots exprime toujours une bienveillance à l'égard des autres, une solidarité et il invite aussi chacun à puiser en lui-même pour s'élever socialement et spirituellement.

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En 1980, Toots réalise un exploit discographique : son fameux Live est enregistré lors de son concert au Hammersmith Palais à Londres. Après le concert, les bandes sont mixées puis, en suivant, le disque est pressé durant la nuit. Et le lendemain, ce Live est disponible chez tous les disquaires de la capitale anglaise ! Toots chante et fait le show, Raleigh Gordon joue des percussions et fait les harmonies vocales avec Jerry Mathias. Harold Butler et Winston Wright assurent les claviers, remplaçant du coup la section de cuivres. Jackie Jackson est à la basse avec Paul Douglas à la batterie et la paire Hux Brown et Carl Harvey à la guitare. Un concert de légende !

 

1980 est une année bien rempli pour les Maytals puisque, après le Live, est commercialisé un nouvel album chez Mango intitulé Just like that. C'est dans ce disque qu'on trouve le succès Chatty Chatty, morceau ska qui fait un clin d'oeil à la scène 2-Tone anglaise alors en pleine explosion avec des groupes comme Madness, The Specials, The Selecters ou encore Bad Manners... Un groupe basque du nom de Kortatu en fera, sur leur premier album éponyme, une version intitulée Sarri Sarri qui raconte l'évasion de prisonniers politiques basques. Ce sera également un succès de part et d'autres des Pyrénées en 1985.

 

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L'album Knock out ! sort en 1981 toujours chez Mango. Mais la relation entre Toots et ses deux comparses du début se dégrade. Et en 1982, il se sépare de Raleigh et Jerry. The Maytals ne sont plus un trio vocal mais désormais le groupe qui accompagne Toots Hibbert dans ses enregistrements et ses tournées, même si les musiciens alternent régulièrement.

des années 90 aux années 2010

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Comme pendant la décennie des 80's, les tournées s’enchaînent tout au long des années 90 et 2000. Toots réalise de bons albums comme Recoup et Ska Father (en 1997 et 1998) mais il faut attendre une publicité d'une marque de vêtements de sport pour le succès international revienne. C'est le titre Broadway Jungle remixé par Howie B qui fera bouger les baskets en 2000. Puis le disque True Love qui sort quatre ans plus tard et se compose de nouveaux enregistrements de classiques de Toots Hibbert en duo avec des stars de la variété internationale comme Ryan Adams, Jeff Beck, Eric Clapton, Bootsy Collins, Willie Nelson, Ben Harper, No Doubt, Bonnie Riatt, Keith Richards, Manu Chao, The Roots, Shaggy... Ce casting légendaire lui témoignera également une vibrante reconnaissance dans le documentaire réalisé par la BBC Toots and The Maytals : Reggae got Soul en 2011.

 

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Sur des rythmiques traditionnelles ou modernes, on retrouve ce mélange de mélodies soul, blues et reggae dans les albums suivants de Toots Hibbert : Light your light en 2007 et Flip and Twist en 2010. Puis un véritable retour aux sources se produit en 2012 avec le CD-DVD Unplugged on Strawberry Hill. Sur une terrasse dominant Kingston, Toots grave en version semi-acoustique ses meilleurs titres. Le dépouillement d'accompagnement musical met en avant cette voix si belle, si douce et puissante.

 

 

maytals 16Tout au long des années 2010, malgré son âge avancé, notre star du reggae se produit en concert régulièrement notamment en Europe et aux Etats-Unis. Avec quasiment soixante ans de carrière, un Grammy Award, une entrée au Rock and Roll Hall of Fame, des tournées avec les Who, Buddy Guy, les Rolling Stones, ou Dave Matthews, c'est une star de la Musique qui vient de nous quitter. Alors qu'on retrouve dans les bacs son dernier opus Got to be Tough sur le label Trojan Jamaica, on ne peut que constater que sa force de caractère et son énergie en font une personnalité musicale incontournable et inoubliable !

 

Toots dans votre médiathèque

Découvrez dans votre médiathèque numérique (Music Me) une vingtaine d'albums et une vingtaine de compilations avec Toots & The Maytals dont la plupart des chansons évoquées dans cet article ; ainsi que de nombreux disques de l'artiste disponibles dans les bacs de vos médiathèques landaises :

OPAC Sélection de notices Considéré comme une véritable légende de la musique jamaïcaine, Toots Hibbert est un des rares artistes jamaïcains à avoir une des plus longues carrières dans le show business et le reggae, tout en gardant des prestations scéniques de qualité.

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H.M.