Remake littéraire chez Belfond


  

Le remake est au cinéma une pratique bien connue. Les écrivains, de leur côté, ne cessent d’emprunter et de réécrire les grandes histoires, mais sans l’afficher.

Avec la nouvelle collection des éditions Belfond, des auteurs contemporains sont invités à puiser dans les grands classiques du répertoire une œuvre qui les a marqués, qui appartient à la mémoire collective, et d’en faire le remake.

"Tout est permis pourvu que le souvenir de l’original ne soit jamais perdu. Le titre en porte la trace, les grands aspects du récit ne changent pas. Mais à partir de là, tous les déplacements, toutes les inventions sont possibles. L’auteur orchestre à sa façon un trajet fait de reprises et de différences, invente librement à partir de l’original. Le résultat ? Un rare plaisir de lecture. Une façon unique de rendre hommage aux classiques tout en leur donnant un formidable coup de jeune."

 contes perrault

 Perrault, c'est ce dont on hérite au plus jeune âge et que l'on transmet parce qu'il s'adresse à tous. Vibrant hommage aux contes de la tradition orale, ses  Histoires ou contes du temps passéavaient pour fin selon ses dires " moins de plaire que d'instruire ". A l'heure où la question de l'instruction se pose plus que jamais, il nous semblait fondamental d'interroger Perrault en invitant 11 écrivains à le réinterpréter dans la collection " Remake ".  Subversifs, burlesques, pleins de sagesse et de dérision, leurs contes de Perrault dressent un panorama de la littérature contemporaine dans toute sa diversité. De Hervé Le Tellier à Christine Montalbetti en passant par Cécile Coulon et Fabienne Jacob, l'écriture va de la gouaille à la poésie comme un ruisseau qui chanterait sur des pierres, en n'omettant pas de bousculer au passage une société qui en a bien besoin. Un nouvel éloge de la sagesse populaire.

 

 filles modles

 

En 1858, la Comtesse de Ségur présente  Les Petites Filles modèles comme la suite des  Malheurs de Sophie, et ces deux livres figurent depuis lors au cœur du répertoire classique de la littérature française pour la jeunesse. Portraits d'enfants bien nés saisis au moment où ils s'interrogent sur le bien et le mal, tableaux d'un milieu social où ne cesse de se poser la question des normes et des limites, les petites filles doivent y être " modèles " en vertu d'un idéal de comportement. Mais l'atteindre n'est pas si simple ! Et l'on a amplement pointé, au-delà des récits en apparence innocents et inoffensifs de la Comtesse de Ségur, les bourgeons de l'ambigüité.  Dans son remake, Romain Slocombe les fait éclore : ses petites filles modèles deviennent les héroïnes d'un conte inquiétant et pervers, érotique et vampirique. Comme si la comtesse de Ségur avait retiré la sourdine pour écrire un roman destiné à des enfants plus âgés, laissant libre cours à la progression de la cruauté. Comme si elle avait quelquefois rêvé d'être Sade, non plus Comtesse mais Marquise...

ubu

 

Prenez un vieux musicien déchu qui a fêté Mai 68 et l'élection de Mitterrand, précipitez-le dans l'univers contemporain des communicants cyniques qui regardent les oeuvres d'art des zéros plein les yeux, puis laissez jouer les rapports de force : comment la fatalité sociale pourrait-elle épargner Fernand Pons, et à travers lui la passion de l'art ?    En livrant son narrateur à l'observation minutieuse de Pons, Bertrand Leclair joue sur le décalage et s'adonne à une étude sociologique réjouissante qui fait revivre en sous-texte la puissance incomparable du geste romanesque de Balzac. Et prouve à quel point sont encore brûlants les rapports de force entre l'art et le social.

 

pecuchet

 

À sa mort, en 1880, Gustave Flaubert laissait inachevés Bouvard & Pécuchet. On a donc imaginé qu'une centaine d'années plus tard, ceux-ci étaient, un instant, de retour. Ainsi Frédéric Berthet présentait-il en 1996  Le Retour de Bouvard & Pécuchet, cinquième et dernier de ses livres publiés en l'espace de dix ans. Cette réédition accompagnée des notes de l'auteur, inédites à ce jour, se propose d'ouvrir une nouvelle perspective. Et, dans ce cas précis, quel meilleur révélateur d'expérience que le, va-et-vient de l'écriture, d'une oeuvre à l'autre ? Bouvard et Pécuchet furent les acteurs d'une farce encyclopédique sans limites. En habits de circonstance, ils traversent ici et sans ambages la scène des années 1980. Un hommage au style de Flaubert comme à l'actualité de son oeuvre, sur le mode des contes drolatiques d'autrefois, candides et enfantins.

 

 

ubu roi

 

Enflure égocentrique, appétit de domination et délire totalitaire : Nicole Caligaris revisite l'oeuvre de Jarry sous la forme d'un roman vertigineux ancré dans l'univers de la finance. Par sa langue, qui joue de manière virtuose sur tous les registres du vocabulaire économique, physique, trivial, en un va-et-vient envoûtant et formidablement lyrique,  UBU roitranspose avec acuité la volonté de puissance et la fascination du pouvoir dans les sociétés capitalistiques d'un monde globalisé tous azimuts. Et l'entreprise comme machine à broyer y apparaît dans un délire pathologique à la fois invraisemblable et étrangement familier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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