Jean d'Ormesson, l'écrivain du bonheur

Jean d'Ormesson, de son vrai nom Jean Bruno Wladimir François de Paule Le Fèvre d'Ormesson, académicien, écrivain, chroniqueur, journaliste et philosophe, est décédé cette nuit dans sa résidence parisienne terrassé par une crise cardiaque. Cet homme de lettres, connu du grand public de par ses multiples apparitions dans des émissions littéraires, reconnu par ses pairs pour son talent d’orfèvre des mots, laisse derrière lui une ouvre importante où sa quête insatiable du plaisir, du bonheur irradie chaque livre.

 

Né en 1925 dans une famille d'aristocrates, il passe ses premières années dans le château appartenant à sa mère ou dans divers pays du monde au gré des postes d'ambassadeur occupé par son père. De cet éloignement de jeunesse, il garde le souvenir de l' attachement à son  pays, à sa langue à sa littérature qu'il n'aura de cesse de défendre. Après Hypokhâgne et L’École Normale Supérieure, agrégé de philosophie, il débute sa carrière en tant qu'enseignant dans une université pour jeunes filles près de Philadelphie. Contraint de renter pour cause de maladie, en 1950, il obtient un poste au Conseil international de la philosophie et des sciences humaines à l'Unesco. Rédacteur en chef, il collabore à la revue Diogène avec Roger Caillois avant d'être chroniqueur au Figaro dont il en sera le directeur de 1974 à 1977.

 

Il publie son premier titre "L'amour est un plaisir" en 1956 sans grand succès mais avec le soutien de son éditeur Julliard qui voit en lui "le frère de Sagan". La reconnaissance vient avec l'écriture de "La gloire de l'empire" en 1971, Grand Prix du roman de l'Académie Française et "Au plaisir de Dieu" en 1974. Amoureux des mots, admiratif des grands auteurs, il laisse au lecteur que nous sommes une œuvre d'une quarantaine de titres, souvent à dimension autobiographique, où la joie de vivre, l'optimisme et la réflexion sur le temps occupent une place prépondérante.

 

Entré comme académicien au fauteuil 12 succédant ainsi à Jules Romains, le 18 octobre 1973, il militera pour l'entrée sous l'illustre coupole de Marguerite Yourcenar, première femme académicienne en 1980. 

 

Publié de son vivant dans la fameuse collection de La Pléiade, comme peu d'auteurs avant lui, maniant l'autodérision, paraissant d'un autre temps et pourtant  tant ancré dans le présent, écrivain charmant et charmeur, dont les yeux si bleus et l'air espiègle resteront dans les mémoires, il nous laisse une œuvre importante que vous découvrirez ou redécouvrirez dans les médiathèques landaises.

 

pleiade ormesson

 

 

"Je suis, à ma façon, un amateur d'histoire, un spectateur du bon Dieu. Dans la mesure de mes moyens, j'étais, j'essayais d'être, je suis toujours ou j'essaie d'être le témoin du temps qui passe et de ma propre vie. C'était l'ambition avouée de La Gloire de l'Empire et d'Au plaisir de Dieu. Au revoir et merci n'avait pas d'autre sens. Est-ce qu'il y a rien d'autre à faire, pour un écrivain, pour un homme, que de s'efforcer de comprendre notre monde et sa vie ? Est-ce qu'il existe d'autre tâche pour moi que de balancer mon fanal le long des trains étincelants du temps qui nous emporte ? Je suis une espèce de lampiste de l'histoire. Je suis une espèce d'agent secret de Dieu. Peut-être, un jour, tremblez, bonnes gens ! je m'en expliquerai à nouveau."

 

 

 

 

et moi je vis encoreIl n'y a qu'un seul roman - et nous en sommes à la fois les auteurs et les personnages : l'Histoire. Tout le reste est imitation, copie, fragments épars, balbutiements. C'est l'Histoire que revisite ce roman-monde où, tantôt homme, tantôt femme, le narrateur vole d'époque en époque et ressuscite sous nos yeux l'aventure des hommes et leurs grandes découvertes. Vivant de cueillette et de chasse dans une nature encore vierge, il parvient, après des millénaires de marche, sur les bords du Nil où se développent l'agriculture et l'écriture. Tour à tour africain, sumérien, troyen, ami d'Achille et d'Ulysse, citoyen romain, juif errant, il salue l'invention de l'imprimerie, la découverte du Nouveau Monde, la Révolution de 1789, les progrès de la science. Marin, servante dans une taverne sur la montagne Sainte-Geneviève, valet d'un grand peintre ou d'un astronome, maîtresse d'un empereur, il est chez lui à Jérusalem, à Byzance, à Venise, à New York. Cette vaste entreprise d'exploration et d'admiration finit par dessiner en creux, avec ironie et gaieté, une sorte d'autobiographie intellectuelle de l'auteur.

 

 

 

 

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