Dominique Fabre : un écrivain de la mélancolie

logo_lmdacarreIl en donne un aperçu dans sa  chronique mensuelle « choses vues », de la revue littéraire le Matricule des anges. Sa sensibilté en bandoulière, il croque  la vie de son quartier, de sa banlieue parisienne et miracle du style,  on la voit défiler, là, devant nos yeux :


« Dans mon quartier toutes les rues ne sont pas à la même heure, d’ailleurs certaines ne sont presque pas éveillées en journée […]  on pourrait croire que personne ne vit là et pourtant si, des gens comme vous et moi qui ont un air soucieux devant leur boîte à lettres…» et plus loin " le train aménagé à hauteur de la porte de Bercy pour les sdf est  de plus en plus isolé dans le vacarme des constructions ; C’est un peu triste de voir les niches pour leurs chiens côte à côte, jamais occupées (les chiens n’aiment pas être à la niche côte à côte ; nous l’acceptons plus facilement, nous sommes plus habitués". Simple et poignant.


Dans son dernier roman « il faudrait s’arracher le cœur » paru aux éditions de l’Olivier en 2012,  le narrateur  double de l’auteur  restitue avec délicatesse  sa jeunesse, dans les  années 70-80, sur fond de banlieue parisienne.


domfabreEn trois  longues nouvelles   qui tissent entre elles des liens par le biais de personnages et de lieux récurrents, Dominique Fabre nous livre trois histoires pour trois générations.

La pemière,"Il faudrait s'arracher le coeur" est celle d’un amour manqué ; parce que l’un est l’amoureux silencieux, celui qui ne se déclare pas et que l’autre fils de « bonne famille »  et des « beaux quartiers » délaissé par ses parents fait dériver sa vie à coup de drogue et de suicides ratés…et qu’il ne voit pas cet ami toujours présent pour lui sauver la vie … Dominique Fabre esquisse ce  temps de l’adolecence, de ses contours mal définis, de  ses peurs :  « Peur d’aimer ; Peur de ne pas aimer. Peur de se faire du mal »,  ce temps des fêtes où  « on dansait, on buvait, on rentrait chez soi. Ceux qui avaient un chez-soi, ou chez les autres, chez toi, chez elle , chez lui », ce temps  des amitiés qui naissent sur les disques des Sex Pistols ou des Pink Floyd sur « la grosse chaine  stéréo, aux baffles Bang et Olufsen".

 « Je vais devoir vous laisser » c’est sur ces mots ( titre à la deuxième nouvelle) que le père du narrateur quitte femme et enfants. Les relations entre le frère et la sœur sont particulièrement  bien vues  faites tour à tour de jalousie rageuse et de joyeuse complicité.

 Enfin  c’est sous  la forme d’une expression desuète  « Qu’est ce que je voulais dire pas la messe... »  que le titre de la  troisième  nouvelle donne le ton. C’est Anna, la grand-mère maternelle du narrateur, qui entre en scène : toujours coquette malgrè un long veuvage  elle aime aller voir Holidays on Ice avec ses copines … un jour  elle sera délogée  de son quartier de Ménilmontant, de sa vie..

 Une écriture sensible qui sait dire les ratés propres à la jeunesse, les paroles maladroites, les contre-temps  une écriture qui sait décrire l’ordinaire des gens qui ne sont pas des héros.
 Le  passé n’est pas mythifié ni rejeté, il n’est plus.

 

 

 

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