Les média nous inondent d'images de villes en ruine, où bombardements et lance-roquettes ont laissé des immeubles comme des coquilles vides.

Notre imaginaire pourtant serait plutôt enclin à la vision romantique du XIXe siècle qui montre un homme jeune étudiant les vestiges d'un autre temps, dans un autre pays, de préférence méditerranéen, pour ensuite peindre ou écrire son ressenti.

Depuis 1945, ce sont les images de Hiroshima qui hantent notre mémoire. Mais peut-on encore parler de ruines, là où il ne reste que de la cendre radioactive ? En réaction peut-être, les Japonais ont développé la pratique du Haikyo ou exploration urbaine d'espaces en ruine.

Dans les années 80, après Tchernobyl et l'abandon de la ville contaminée de Pripyat, la ruine relève du désastre écologique. Aujourd'hui, notre époque nous livre d'autres ruines, différentes, dont l'emblème est la ville de Détroit qui s'enfonce dans le chaos de l'ère post-industrielle.

Dans le Magazine litttéraire n°557-8, Raphaëlle Guidée écrit avec justesse, que "ce que nous contemplons, fascinés, [c'est] l'image de notre propre fin". Ici, dit-elle, "se dévoile le visage d'une planète dont nous serions absents".

Là réside une des "pensées les plus obsédantes de notre époque : imaginer la persistance du monde après notre fin". Métaphysique de la ruine.

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