Une balade à Paris en compagnie d'Edgar Morin

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A 92 ans, Edgar Morin est un intellectuel inclassable, tour à tour  sociologue, philosophe , il a  à coeur de relier les disciplines les unes aux autres  pour expliquer la  complexité du monde. Il a entrepris dans ce livre de remonter le cours de sa vie  par un biais résolument personnel : se raconter en nous invitant à l’accompagner dans un cheminement au cœur  de Paris, théâtre de sa vie intime et de grands moments de l’histoire. Si l’exercice peut paraître au premier abord artificiel, on se laisse vite gagner par l’émotion que suscitent  les souvenirs précieux d’un homme accompli.

L’auteur se livre donc  à  une cartographie intime  et chronologique de Paris : chaque chapitre renvoie à un quartier où il a vécu depuis sa naissance  (il né un 8 juillet 1921 rue Mayran au pied de la butte Montmartre) jusqu’à son lieu de vie actuel dans le quartier de Montparnasse.

Homme  de conviction Edgar Morin vécut  la guerre du côté des résistants et  connut la liesse de Paris libérée, plus tard il s’oppose à la guerre d’Algérie  , se trouve confronté à des choix politiques douloureux.

Il nous offre  généreusement le récit d’une vie de rencontres, d’amitiés durables : Ainsi s’anime  sous nos yeux  le clan de la rue Saint-Benoit, Robert Antelme, rescapé des camps qui écrira en 1947 L’Espèce humaine , Marguerite Duras dont il dresse  un portrait savoureux « Marguerite habite au 5 rue Saint-Benoît, au cœur de Saint-Germain des-Prés[…] Marguerite est reine des abeilles et fée du logis. Elle est totalement femme : cuisinière, maîtresse de maison, écrivain et aussi beauté fatale » … C’est le temps  des affinités électives « j’y ai ainsi connu Raymond Queneau, Georges Bataille, Albert Camus (déjà rencontré fugitivement à Lyon), Maurice Merleau-Ponty, Maurice Nadeau, Jacques Lacan… mais aussi des rivalités et émulations  intellectuelles de l’époque   «  en dépit de proximités intellectuelles, le clan Sartre et le clan Saint-Benoît ne fraternisaient pas même si quelques sartro-durassiens  faisaient la navette entre les deux… »

Il n’hésite pas  à nous relater son itinéraire sentimental, celui d’un homme qui s ’il n’a de cesse  d’être séduit par la gent féminine  ou de la séduire , sera tout dévoué au grand amour de sa vie Edwige,  à laquelle  il consacrera un livre.

Et bien sûr, se dessine le parcours de l’homme chercheur inventeur de la fameuse  pensée complexe, on peut en découvrir les germes dans cette description particulièrement explicite de son mode de pensée.  Nous sommes au début des années 50 et Edgar Morin passe ses journées à la bibliothèque nationale: «  Pour la première fois, mon esprit déployait ses ailes en survolant des disciplines séparées, pour fondre comme l’aigle  sur sa proie, sur l’information intéressante et l’inscrire sur une fiche. Je faisais d’innombrables découvertes en éprouvant une volupté intellectuelle sans égale[…]C’était à la fois monacal et jouissif, mystique, austère et épicurien »

Edgar Morin a parcouru le monde de conférences en  voyages d’études, de congrès de sociologie en interventions universitaires, mais c’est à Paris qu’il reste viscéralement attaché :  cette ville singulière qui se métamorphose au fil du siècle,  où « les fringues n’avaient pas encore remplacé les livres » jusqu’aux  pages finales  qui  déroulent comme un long travelling l’image d’ un Paris en mutation. Edgard Morin rend un hommage lyrique à la ville, sans se laisser aller à la nostalgie, il s’émerveille  toujours   de la singularité d’une ville qui continue à se démarquer des grandes mégapoles comme New-York ou Tokyo  « la ville dort la nuit, le métro s’arrête, les gares se ferment de même que les aéroports. La métropole s’assoupit pour se réveiller, s’étirer et se dégourdir puissamment le matin ».

Cette promenade autour des lieux de sa mémoire résonne comme le témoignage  délicat d’un homme qui participa à la grande histoire. Si son récit reste à la surface c'est pour  mieux recueillir l’écume des souvenirs, des visages, des noms, des rencontres, des amitiés.

  A lire comme un livre subjectif sur Paris  ou une autobiographie topographique.

 

Sans oublier évidemment de se plonger dans cette sélection d'une partie de son œuvre qui est dense.

 

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